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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 09:00

1- Jean Noël de Casanove, vous êtes l'auteur du tout nouveau jeu "Président Balayeur Général". Quel est votre parcours personnel ?

Jean Noël de Casanove : J'ai 45 ans aujourd'hui, je suis vétérinaire inspecteur depuis 20 ans et je navigue dans le milieu "para"-professionnel du jeu depuis maintenant 6 ans. Je ne sais pas exactement comment m'est venue cette marotte, mais je me suis rendu compte qu'elle a régulièrement fait surface dans ma vie. Grâce à mes nombreux frères et soeurs, j'ai pu beaucoup joué dans mon enfance. Nos jeux comprenaient évidemment les classiques Monopoly, Risk et autres Cluedo, sans oublier les échecs, les dames ou Othello, découvert sur le tard. Les wargames et assimilés occupaient une bonne part de moments ludiques, ainsi que d'autres jeux tels que Méditerranée, Diplomacy ou Embuscades. Comme beaucoup d'enfants, nous modifiions parfois les règles pour les adapter à nos désirs. Cela m'a conduit à inventer mon premier jeu à l'âge de 13 ans. Pour l'anecdote, ce jeu a servi à un étudiant en école de commerce comme sujet de projet et il a été plus que satisfait de la note obtenue !


Le deuxième jeu développé s'est trouvé être un jeu de stratégie abstrait qui reposait sur des conquêtes de territoires. Grâce à des lancers de dés à 10 faces, on détermine les résultats des combats en se rapportant à des tableaux. Le jeu est né quand j'avais 16 ans, et je l'ai présenté au concours de Boulogne  il y a 5 ans. Il a été recalé dés le départ. Mais loin de me décourager, cela m'a donné envie de relever le défi.


Entre-temps - c'est peut-être ma crise de la quarantaine - d'autres jeux sont apparus.

 

Le premier que j'ai présenté sur une table d'auteur au Festival International des jeux de Cannes était "Baalbuth",  un jeu de combat sur un plateau où deux adversaires confrontent leur armée. Malheureusement, la bataille se passe sur le territoire d'un monstre puissant et indestructible - le Baalbuth - qui n'apprécie pas du tout que l'on vienne troubler sa quiétude et le fait savoir aux belligérants. Sur le festival, je cherchais naïvement un éditeur qui pourrait être intéressé, pensant que j'avais entre les mains un trésor. J'avais effectivement un trésor, mais qui n'avait de valeur que pour moi et pour les joueurs qui se sont attablés autour du jeu. C'était en 2006. Je n'ai pas trouvé d'éditeur, mais j'y ai trouvé une multitude de renseignements précieux à force de discussions, d'observations et de lectures. J'en suis donc reparti motivé à fond et un peu moins naïf .

 

Créer un jeu qui intéresse les gens et commercialisable, en serais-je capable ?

 

Je me suis déterminé pour créer un jeu de cartes, car outre que j'aime bien les cartes, c'est probablement les jeux pour lesquels l'investissement initial est le moins lourd. J'aime bien jouer au tarot, à la belote et au "trou du cul". Je me suis donc attelé à effectuer un mélange savamment dosé de ces trois jeux pour obtenir un jeu nouveau, le "Président Balayeur Général", dans lequel on retrouve certaines caractéristiques de ses parents, mais qui est un jeu original dont la mécanique n'est finalement ni celle de l'un ni celle de l'autre. Il fallait en plus que ce soit un jeu où l'ambiance est à la "parlante" pour avoir l'occasion de bien rigoler. Après avoir fait de très nombreuses parties d'essais en famille (merci les enfants !), les règles ont fini par se stabiliser.


J'ai donc repris une table d'auteur à Cannes en 2007 pour présenter le prototype et le retour du public a dépassé toutes mes attentes.

2- Quel fut le déclic qui vous a fait sauté de l'idée de votre jeu à son auto-édition ?


Jean Noël de Casanove : C'est difficile de parler d'un seul déclic. En réalité, il s'agit plus de déclics en cascades ou en parallèles qui ont fait que la siutation a évolué ainsi. D'abord et avant tout, voir le plaisir qu'avait  mes enfants à jouer au PBG, m'encourageait dans ma démarche, comme le faisait le soutien de mon épouse.
Ensuite, dans un magazine traitant de l'économie, était publiée une liste d'entreprises prometteuses. Il se trouve qu'à l'époque j'habitais Amiens, et qu'une des entreprises citées se trouvait à Lille, à moins d'une heure et demi de trajet. Cette entreprise, "Ludiquement votre",  proposait la création de jeux et leur distribution pour des créateurs en herbes. Après avoir pris contact avec son gérant, j'ai reçu un devis pour la fabrication du PBG.
Bien sûr, engager une somme d'argent importante nécessite de bien prendre en compte les paramètres du foyer pour ne pas se mettre en péril.


Nous avons donc décider de nous lancer dans cette aventure, comptant sur "Ludiquement votre" pour la distribution..


En 2008, de nouveau sur Cannes, je présentais la maquette. Je n'avais pas encore de boîtes à proposer.
Même si ce jour là la décision était déjà prise, elle fut conforté par mon premier joueur. Un homme s'assoit à la table et me dis : "Je suis PDG, montrez moi comment gagner de l'argent." En voilà un qui s'immerge tout de suite dans l'ambiance ! Je lui explique le jeu, on fait une partie. Une deuxième s'enchaîne, puis une troisième. Après la cinquième, il conclut  "Je suis PDG de la société .... en Belgique et je souhaite distribuer votre jeu. J'en prendrai 1000 si c'est possible". Alors là, vous comprendrez aisément que si ce n'était certes pas un déclic puisque la commande pour la fabrication était déjà en cours, c'était en tout cas au moins un bi-turbo nourri au Super ! Pour terminer, le statut d'auto-entrepreneur a été créé, et même s'il n'est pas parfait, il a permis de lever de nombreux problèmes, en particulier ceux qui se posaient à moi en tant que fonctionnaire.
Toutes les conditions étaient donc réunies pour que démarre l'aventure.

3- Pourriez-vous nous expliquer plus en détail comment vous avez franchi le cap de l'édition à compte d'auteur ? Vous avez opté pour le réseau de distribution Ludyk Distribution par exemple. Quels furent vos critères de sélection pour choisir vos différents prestataires (fabricant et distributeur) ?

Jean Noël de Casanove : L'édition à compte d'auteur est une décision sérieuse qui peut avoir des conséquences graves sur l'équilibre financier du foyer. C'est pourquoi il est nécessaire de bien estimer les risques et de prendre le temps de la réflexion. En ce qui nous concerne, mon épouse et moi avons estimé que nous pouvions faire un essai et voir comment tournerait le vent. Comme vous l'avez déjà peut-être pressenti, le critère principal dans mes choix d'entreprises a été la proximité et le service. Le cap de l'auto-édition n'a pu être franchi que grâce à "Ludiquement votre". Avec Pascal Nivesse, le gérant de "Ludiquement vôtre", le courant est tout de suite bien passé et les services qu'il apportait à un créateur en herbe comme moi était précieux. Il s'est occupé de tout en me faisant valider les étapes : le graphisme, le boîtage, le fabriquant, etc...
Malheureusement, les difficultés financières de l'entreprise font que je n'ai disposé des boîtes qu'en septembre 2010, plus de 2 ans après la commande !


Avec un partenaire qui me proposait à la fois la production à compte d'auteur et la distribution, je n'ai pas cherché plus avant.


Entre temps, j'ai déménagé à Rezé, dans la métropole nantaise, et Ludiquement vôtre a abandonné la distribution.


En février 2010, toujours sur le salon de Cannes, j'ai rencontré Antoine Riot qui présentait le jeu "Au tableau" dont il était l'auteur. Il était distribué par Ludyk qui se trouve avoir un pied à Nantes. C'est donc Antoine qui m'en a parlé le premier.


Je me retrouvai sans distributeur mais avec une piste à creuser. Je fondais aussi beaucoup d'espoir sur une vente directe par internet.


Dès que j'ai eu mes exemplaires disponibles, j'ai pris contact avec Laurent Jactat qui gère Ludyk. Le courant est là aussi bien passé et ses explications et conseils étaient clairs et judicieux. Le PBG ne l'a pas laissé indifférent et nous avons donc signé pour une distribution du "Président Balayeur Général" par Ludyk. Alors que tout était en place, il ne restait plus qu'a faire connaître le jeu, ce qui est une étape très difficile.

4- Comment comptez-vous faire connaître votre jeu ? Il a déjà bénéficié d'une couverture sympathique sur certains sites spécialisés. Comment allez-vous le présenter aux boutiques ou sur les salons ? Serez-vous présent au festival international des jeux de cannes du 25 au 27 février 2011 par exemple ?

Jean Noël de Casanove : Dès que j'ai eu des exemplaires, j'en ai fait parvenir à certains acteurs que j'avais croisés sur le festival de Cannes. Ont reçu un exemplaire parmi d'autres JeuxSoc, Cyberfab, TricTrac, Chamboultou et la revue "Jeux sur un plateau". J'espérais beaucoup de la couverture qu'ils pouvaient faire. Certains ont fait paraître des "News", d'autres des articles un peu plus consistants. Certains enfin n'ont pas donné de suite. Mais comme vous l'avez remarqué, la couverture obtenue a été plutôt sympathique.
Je ne présente pas le jeu aux boutiques, car je n'ai ni le temps, ni l'argent pour le faire. Ludyk s'en charge très bien. En revanche, j'ai un plaisir tout particulier à présenter le jeu sur les salons et à voir le plaisir que prennent les gens à jouer.


C'est ce que j'ai fait aux Utopiales de Nantes, où j'ai eu la chance qu'une journaliste de Ouest France m' ait acheté un jeu. Son enthousiasme m'a valu un article dans les pages locales.

 

J'avais précédemment participé à "Terminus Ludi" à Rennes, petit salon fort sympathique qui mériterait d'être mieux connu. On peut y joueur jusqu'à plus soif !

 

Dans les participations à venir, je serai présent au Salon du jeu à Paris le premier jour, aux côtés de Ludyk.
Enfin, je ne manquerai pour rien au monde le Festival International du Jeu de Cannes, qui représente pour moi la naissance d'une aventure est qui est à mon avis (avec toute les réserves que l'on peut y apporter) le point culminant des rencontres ludiques françaises. On y côtoie des familles, des joueurs invétérés, des professionnels, des auteurs confirmés ou enthousiastes, des associations, des journalistes, etc... On peut également y présenter ses prototypes pour les soumettre à la dure réalité des critiques de testeurs plus que volontaires lors du "OFF".

5- Travaillez-vous actuellement à d'autres idées de jeux ?

Jean Noël de Casanove : Travailler n'est pas le mot qui convient. La création de jeux est encore pour moi un passe-temps, une marotte impérieuse pourrait-on dire. C'est un besoin. Une nécessité de coucher une idée sur du  papier et de l'intégrer dans un univers que l'on crée. Alors, comme j'ai plusieurs idées, j'ai plusieurs projets.
Cinq ou six jeux sont actuellement dans un état suffisamment avancé pour être appréciés.


Celui que je pousse en ce moment porte le nom de "Potlatch", librement inspiré de la cérémonie indienne éponyme. C'est un jeu où pour gagner, il ne faut rien garder ! Il faut donner un maximum de biens en veillant à ne pas garder les cadeaux des autres. Il a fait parti des jeux retenus dans la première liste à Boulogne en 2010. Il n'est pas allé plus loin mais j'ai pris en compte les remarques du jury et des testeurs sur le Off de 2010 pour l'améliorer. Je l'ai envoyé à Granollers récemment et je compte bien présenter la version modifiée au concours de Boulogne 2011.

 

J'ai également à disposition un jeu de dés, "Datis". Les règles sont simples mais le jeu est assez retors. Jusqu'au dernier lancé, vous ne savez pas si les points gagnés vous resteront acquis ou si vous allez les perdre. Deux à quatre joueurs  s'affrontent dans des parties de 20 à 30 minutes. C'est un peu comme si vous jouiez à un jeu de cartes dont vous connaissez la force des cartes, mais pas leur valeur !

 

Un troisième jeu abouti est un jeu d'enchère pour 2 à 4 joueurs. "Concurrence.com" consiste à se disputer les licences de commercialisation d'offres internet "Triple-play" pour en tirer le meilleur profit. Après avoir acheté ces licences lors de d'enchères, vous devez fixer le prix de l'abonnement proposé et récolter le fruit de votre politique économique. Mais attention, vos concurrents vont faire également une offre et peut-être sera-t-elle meilleur marché que la votre, ce qui risque de vous priver de clients. Il s'agit toujours de trouver le "très" juste prix, car vous finissez implacablement par payer une erreur d'appréciation.

 

J'ai fait participer un autre jeu que j'aime beaucoup, "Archeologia", au concours "Spielmaterial" de 2010. C'est un jeu où l'on incarne un archéologue qui court après le temps pour rassembler les éléments nécessaires pour faire une fouille : des localisations, des subventions, des expéditions et des autorisations. Une fois tous ces éléments rassemblés, une vrai fouille est organisée dans une "boîte à sable" où sont dissimulés des objets de plus ou moins grande valeur.  A l'aide d'une logue pince, vous devez retirer du sable, dans un temps limité dépendant des subventions obtenues, un nombre de reliques fixés par vos expéditions, dans un nombre de cases déterminés par vos "localisations". On s'y croirait !

 

Enfin, pour ne parler que de ceux-là, je développe actuellement un jeu inspiré de la chanson "Canari Bay". Il s'agit d'essayer de découvrir les ilots d'un archipel pour lesquels on ne sait pas où ils sont et d'en retirer une certaine gloire. Il faut pour cela explorer les flots tout en bravant les tempêtes, les attaques du vaisseau fantôme et les sirènes. Et sur les îlots, vous devrez faire avec les guerrières et les magiciennes ! Tout ceci sans attiser la convoitise de vos adversaires.

 

D'autres jeux sont en cours d'élaboration, mais pas encore assez aboutis : "Yes You Can", "Cuistot", "Paris stupides"...

Je me contrains à créer des jeux jouables en 1 heure, familiaux où l'ambiance prend une part importante.

En ce qui concerne la suite, je crois que la meilleure conclusion est  "alea jacta est".

Pour retrouver de plus amples informations sur le jeu Président Balayeur Général, vous pouvez cliquer ici !

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Published by Yannick - dans Interviews

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